Les brasseries Trappistes "historiques"

L'abbaye de Sainte Marie du Mont des Cats

En 1826, le peintre Hazebrouckois Nicolas Joseph  Ruyssen subventionne la création d'un prieuré au Mont des Cats. Des moines de l'ordre de Cîteaux réformé s'y installent

En 1847, le prieuré est érigé en abbaye sous le nom de Sainte Marie du Mont. Les trappistes estiment que la maison de Dieu doit être aussi celle du travail. 1847 voit donc l'installation d'une forge et d'une brasserie, sous l'impulsion du père abbé Dom Lacaes. 

A l'origine, les trappistes brassent la bière pour leur consommation personnelle. Ils produisent en particulier une bière brune, forte et savoureuse, bien appréciée des visiteurs. La nécessité de créer des ressources les amène à en organiser la commercialisation. Les trappistes perfectionnent chaque jour leur technique de brassage et de fermentation

En 1896, on procède à la modernisation du secteur industriel de l'abbaye. La petite brasserie qui tombait en ruines est rebâtie. Comme chacun sait, une bonne eau est à la base d'une bonne bière. C'est la raison pour laquelle est installée une machine à vapeur de 40 chevaux, nécessaire au pompage d'une eau pure. La capacité de la brasserie était d'une centaine d'hectolitres et la bière était vendue à l'époque 25 F l'hectolitre.

Ce savoir faire, ce souci de modernité apportent une excellente renommée à la production de l'abbaye, comme en témoigne le Père Eugène Arnoult dans son livre, en 1898 : "Le commerce de la bière des PP Trappistes s'étend au loin, dans les grandes villes du Nord, à Paris et dans toute la France. Leur produit, sous le nom de 'bière fine', a une réputation bien méritée : sa couleur blonde, sa légèreté, la finesse des houblons employés en font une digne rivale du pale ale tant renommé"

En 1900, les trappistes, au nombre de 70, employaient une cinquantaine d'ouvriers laïcs qui les secondaient dans leur travail quotidien : brasserie, fromagerie, exploitation agricole...

Marquées par les lois de la séparation de l'Eglise et de l'Etat mises en oeuvre au début du siècle, une bonne partie des moines se réfugie à Watou en Belgique, dans une ferme louée. (malgré le dépôt au Sénat le 2 décembre 1902, d'une proposition d'autorisation pour toutes les maisons cisterciennes, le gouvernement n'accueille pas les demandes de 4 maisons dont Chamabrand et Saint Marie du Mont. Saint Marie du Mont étant critiquée sur le fait que "Cet établissement a mauvaise réputation... Il s'occupe à peu près exclusivement d'une importante brasserie"). Devant ces difficultés, la production de bière vient même à cesser en 1905.

La première guerre mondiale vient stopper le projet de reprendre une fabrication à titre commercial. En Avril 1918 un terrible bombardement transforme le monastère en ruines, ainsi que la brasserie qui ne sera jamais reconstruite.

Après de longues années sans bière au Mont des Cats, le Jeudi 9 juin 2011 a eu lieu une conférence de presse au sein de l'abbaye, pour annoncer la création d'une "Bière trappiste du Mont des Cats" qui est commercialisée sur le Mont depuis le jeudi 16 juin 2011. Cette nouvelle bière trappiste correspond aux critères et définitions légaux édictés par différentes cours de justice ayant eu à se prononcer sur la définition de ce qu'est une "bière trappiste" (notamment les cours de Gand et de Bruxelles) ; elle sera produite dans un premier temps par la brasserie de Chimay pour le compte de l'abbaye du Mont des Cats. Déjà, il semblerait que certains s'inquiètent de cette démarche et craignent de voir un développement incontrôlé de bières à étiquettes trappistes ou autres.

La communauté du Mont des Cats se laisse le temps d'évaluer l'opportunité de réinstaller un jour une brasserie en ses murs. Par manque de moyens et de compétences, cette installation n'est toutefois pas prévue dans un premier temps. L'obtention du label "produit trappiste authentique" pourrait être examiné par l'association internationale trappiste (AIT) à condition que l'abbaye le demande, ce qui reste également incertain. C'est ce processus qui au terme d'un audit pouvant durer jusqu'à un ou deux ans, permet de décider si le fameux logo hexagonal peut ou pas être attribué à une bière trappiste. Rappelons que l'AIT est une association qui réunit différentes abbayes trappistes et qui a créé le label "produit trappiste authentique" ; cette association bénéficie de ce fait d'une réelle autorité morale en la matière, sans toutefois constituer une référence législative ou jurisprudentielle.

Not de dégustation de la bière (Juin 2011): sa transparence varie de limpide à légèrement voilée, sa couleur est réellement ambrée (tons rougêatres), la mousse beige abondante n'est que moyennement serrée, mais assez stable et subsistante. La saturation est fine et régulière, sans excès, malgré un débouchage explosif qui laissait craindre un excès de gaz carbonique. Le nez présente des touches fumées sèches, une pointe de liqueur maltée, on devine  un houblonnage sérieux. La bouche est ample, d'une belle longueur, l'amertume assez sèche est réelle sans être envahissante, l'équilibre malt-houblon est bon, les tons fumés ainsi que des nuances de caramel restent discrets mais bien présents en bouche, et complètent plutôt bien le goût de cette bière assez sèche. C'est une bière trappiste équilibrée, qui ne donne pas l'impression d'assommer le dégustateur par une trop forte teneur en alcool, tout en ayant un corps bien charpenté et assez long en bouche. Elle ne ressemble pas aux autres bières trappistes, et n'a pas de lien de parenté évident avec les bières de Chimay. Une belle création. Note de dégustation :

 

Plus d'informations sur : http://www.abbaye-montdescats.com

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Vue de la salle des machines servant à alimenter la brasserie en eau et en vapeur, au mont des cats vers 1898

Vue intérieure de la brasserie, vers 1900

Vue générale de l'abbaye du temps de la brasserie (voir la cheminée de la brasserie à droite)